A l'attention du gouvernement français (Premier ministre et Ministre de la Transition Ecologique).
Dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique (CDB) et du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, la France s’est engagée à enrayer et inverser la perte de biodiversité d’ici 2030. Cet engagement implique notamment l’élaboration et la mise en œuvre de Stratégies et plans d’action nationaux pour la biodiversité (SPANB).
Pourtant, les politiques actuelles et les plans existants ne prennent pas suffisamment en compte les pressions croissantes liées au développement d’une aquaculture des espèces carnivores, comme l’élevage de thons ou les projets d’élevage de poulpes. Ces activités exercent une pression toujours plus forte sur les populations de poissons sauvages, notamment les poissons fourrages utilisés pour la fabrication de farines et d’huiles de poisson, ainsi que sur les équilibres alimentaires marins et les écosystèmes océaniques déjà fragilisés.
Nous demandons à la France de renforcer et de mettre en œuvre ses engagements en faveur de la biodiversité, conformément au Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, afin de garantir que le développement de l’aquaculture contribue à préserver la biodiversité au lieu de l’affaiblir.
Nous appelons le gouvernement à :
- Garantir que le développement de l’aquaculture ne contribue pas à la surpêche ni à la dégradation des écosystèmes. Cela implique de :
- fixer des limites fondées sur les capacités des écosystèmes concernant l’utilisation de poissons sauvages dans l’alimentation aquacole, notamment les poissons fourrages, les farines et les huiles de poisson,
- préserver l’équilibre des réseaux trophiques marins et la sécurité alimentaire ainsi que les moyens de subsistance des communautés côtières,
- renforcer le suivi, la transparence, la traçabilité et la communication des informations tout au long des chaînes d’approvisionnement de l’aquaculture.
(Objectifs 5 et 9 de la CDB – utilisation durable et gestion des espèces sauvages)
- Appliquer le principe de précaution face au développement de l’aquaculture carnivore. Cela implique de :
- appliquer le principe de précaution au développement d’élevages d’espèces situées en haut de la chaîne alimentaire, comme le thon et le poulpe,
- ne pas autoriser de nouveaux élevages d’espèces fortement dépendantes d’aliments issus de poissons sauvages (comme le thon et le poulpe) lorsque des risques importants pour la biodiversité subsistent,
- éviter une expansion qui pourrait entraîner des impacts écologiques durables et difficiles à inverser.
(Objectifs 1 et 10 de la CDB – réduction de la perte de biodiversité et développement durable des activités aquacoles)
- Réformer les subventions et orienter les financements publics vers des solutions compatibles avec la biodiversité. Cela implique de :
- identifier et réformer les subventions et aides financières qui favorisent une expansion non durable de l’aquaculture,
- réorienter les financements publics vers des systèmes aquacoles à faible impact, régénératifs et ne dépendant pas d’aliments externes, comme l’élevage de coquillages (moules, huîtres) ou la culture d’algues.
(Objectif 18 de la CDB – réforme des subventions nuisibles à la biodiversité)
- Renforcer la cohérence entre les politiques de biodiversité et les règles du commerce international. Cela implique de :
- étudier, conformément au principe de précaution, l’inscription du thon rouge de l’Atlantique (Thunnus thynnus) à l’Annexe II de la CITES,
- veiller à ce que le commerce international des espèces aquatiques ne compromette pas les objectifs de protection de la biodiversité ni n’accroisse la pression sur les populations sauvages,
- renforcer la cohérence entre les engagements pris dans le cadre de la CDB, leur mise en œuvre dans les plans nationaux pour la biodiversité et les cadres internationaux de protection des espèces, notamment la CITES.
(Objectifs 5 et 9 de la CDB – utilisation durable et commerce des espèces sauvages)